Un créancier français qui voit son débiteur espagnol commencer à liquider son fonds, transférer ses comptes vers une nouvelle entité, ou cesser brutalement toute communication, n'a plus le luxe d'attendre les 4 à 8 semaines d'un monitorio standard. La procédure adaptée est la saisie conservatoire — embargo preventivo sous LEC Art.721 et seq. Cet outil bloque les actifs identifiés du débiteur avant même l'obtention du titre exécutoire, dans une optique de garantir le futur paiement. Il s'obtient en quelques jours, parfois inaudita parte, et il est l'un des rares mécanismes procéduraux qui inverse réellement le rapport de force entre un créancier étranger et un débiteur espagnol qui prépare sa disparition. Cette page explique précisément les conditions, les coûts, et les choix à faire.
Les deux conditions cumulatives à plaider
La première condition, periculum in mora, exige une démonstration concrète et documentée que le débiteur risque de dissimuler, transférer ou liquider ses actifs avant le jugement définitif. Les éléments qui constituent une démonstration solide : annonce publique de cessation d'activité, transferts récents vers une entité sœur, ouverture d'une procédure de concurso voluntario, vente d'éléments du fonds de commerce, ou simplement une dégradation marquée de la solvabilité visible au Registro Mercantil. Une simple dégradation de la trésorerie ne suffit pas — il faut un signal d'action préparatoire de dissipation patrimoniale. La seconde condition, fumus boni iuris, exige une apparence sérieuse de créance fondée : factures non contestées, contrat-cadre, acuse de recibo des burofax, et idéalement une reconnaissance de dette même partielle.
La caution — caución — est le point qui surprend systématiquement les créanciers français. Le tribunal exige le dépôt au greffe d'une garantie financière typiquement entre 20 et 30 % du principal réclamé, destinée à indemniser le débiteur si la saisie est ultérieurement jugée infondée. Pour un dossier de 100 000 EUR, cela représente 20 à 30 000 EUR à immobiliser pendant la durée de la procédure principale. Cette caution peut prendre la forme d'un dépôt bancaire bloqué, d'une garantie à première demande émise par une banque française, ou d'une assurance-caution spécialisée. C'est le coût réel d'accès à l'outil, et il doit être planifié à l'avance.
L'alternative EAPO pour les créanciers UE
Pour un créancier français, belge, luxembourgeois ou allemand visant spécifiquement les comptes bancaires de son débiteur espagnol, le règlement européen 655/2014 (European Account Preservation Order, EAPO) offre une alternative parfois supérieure à l'embargo preventivo espagnol. L'EAPO se demande devant le tribunal du créancier — donc en France pour un créancier français — et l'ordonnance est exécutoire directement dans toute l'Union sans procédure intermédiaire. La décision est rendue inaudita parte, sous 10 jours typiquement, et l'effet de surprise est maximal. Le tribunal français peut même demander aux autorités espagnoles d'identifier les comptes bancaires du débiteur si leur localisation n'est pas connue, ce qui résout l'un des problèmes pratiques majeurs des saisies transfrontalières.
L'EAPO et l'embargo preventivo espagnol ne couvrent pas le même périmètre. L'EAPO est limité aux comptes bancaires, dans toute l'Union, et nécessite une caution typiquement entre 5 et 10 % du montant à saisir. L'embargo preventivo espagnol couvre tous les actifs situés en Espagne — immobilier, créances commerciales, parts sociales, véhicules — mais exige une caution plus élevée et la postulation d'un avocat espagnol. Pour un créancier français qui sait que son débiteur a uniquement des comptes bancaires en Espagne, l'EAPO est presque toujours plus rapide et moins cher. Pour un créancier qui veut bloquer un immeuble, des stocks ou des parts sociales d'une SL espagnole, seul l'embargo preventivo sous LEC Art.721 fonctionne.
Comparaison des outils de blocage d'actifs en Espagne
L'embargo preventivo n'est pas un outil quotidien. Il sert quand le rapport de force est en train de basculer contre le créancier — quand un débiteur jusque-là solvable commence à montrer les premiers signes de dissipation patrimoniale, ou quand une procédure de concurso de acreedores semble en préparation. Sa puissance vient de l'effet de surprise : le débiteur découvre la saisie après son exécution, sans avoir eu l'occasion de transférer ses actifs. Pour les créanciers qui agissent dans le cadre standard d'un monitorio sous Ley 3/2004, l'embargo classique post-titre exécutoire reste l'outil de premier choix, sans caution et sans complication procédurale supplémentaire. La règle de tri est simple : si le risque de dissipation est documenté et imminent, embargo preventivo ou EAPO selon le périmètre des actifs. Sinon, monitorio standard et embargo classique après conversion.
Quelle est la différence entre embargo preventivo et embargo executivo en Espagne ?
L'embargo preventivo sous LEC Art.721 et seq. est une mesure conservatoire qui bloque les actifs du débiteur avant l'obtention d'un titre exécutoire, dans une optique de garantir le futur paiement. Il exige la démonstration cumulative de periculum in mora (risque concret de dissipation des actifs) et de fumus boni iuris (apparence sérieuse de créance fondée), plus le dépôt d'une caution typiquement entre 20 et 30 % du principal réclamé sous Art.728. L'embargo executivo, à l'inverse, est la saisie standard exécutée après l'obtention du titre exécutoire dans une procédure principale (monitorio, juicio cambiario, juicio ordinario), sans aucune caution et sans aucune condition supplémentaire à plaider. L'embargo preventivo se convertit automatiquement en embargo executivo dès l'obtention du titre dans la procédure principale au fond, qui doit être déposée dans les 20 jours suivant l'ordonnance conservatoire sous peine de levée d'office.




